Suite à la 120ème Up Conférence consacrée aux répercussions de l’usage des smartphones sur notre cerveau et notre mémoire.

93% de la population française possède un téléphone portable. Un nombre croissant de sites, de services ou d’applications nous donnent accès, nous bombardent de contenus importants, futiles, intéressants, crétins, ludiques, professionnels, vrais, faux, provenant du monde entier, en permanence, à toute heure. Jusque sur notre table de chevet qui est pourtant le dernier endroit ultra préservé avant notre intimité de la nuit. (Les intervenants s’accordent pour dire que oui, c’est très perturbant pour le cerveau de surfer sur un écran avant de dormir, ça contrarie l’arrivée du sommeil). La technologie stimule en permanence notre cerveau car elle est disponible, à portée de main, opérationnelle, à tout moment. Selon les statistiques, on consulte son smartphone en moyenne 221 fois par jour.

Dans cette réalité, Francis Eustache, chercheur en neuropsychologie à l’Inserm partage une observation intéressante :

Le smartphone a tendance à occuper le moindre temps d’attente de notre quotidien. A la longue, le fait de surfer sur son téléphone à la moindre occasion, dans les transports, dans la rue, dans un bar, même en marchant, pourrait modifier une fonctionnalité importante de notre cerveau… qui s’active quand on ne fait rien !

Il y a 20 ans, des chercheurs français et américains font une découverte fortuite grâce à l’imagerie cérébrale. En cherchant à formaliser une mesure de référence du cerveau au repos, c’est-à-dire sans activité particulière, sans stimulation, ils découvrent que, dans cette situation, une zone précise s’active. A force d’études, ils vont comprendre que ce « mode par défaut » a deux caractéristiques :

1/ La capacité à surveiller l’environnement de façon diffuse. La fonction sentinelle.

2/ C’est un temps de voyage dans le monde intérieur. Le cerveau se tourne alors vers ses propres pensées, faisant des aller/retour entre passé et futur, utilisant la mémoire.

Or dans les maladies neuropsychiatriques, cette zone est très souvent altérée. Ce qui tend à prouver que « le mode par défaut » est une activité cérébrale naturelle et indispensable au fonctionnement du cerveau.

En bon chercheur, Francis Eustache rappelle qu’aujourd’hui, on ne sait pas mais on pressent. A trop s’accrocher à son smartphone dès qu’on est inactif, le risque est de perturber cette activité cognitive.

Ne rien faire est une occasion récurrente de laisser émerger des émotions personnelles, de libérer notre imaginaire, de laisser nos pensées internes profondes s’exprimer et surtout de stimuler notre mémoire puisque cette déambulation intérieure nous promène entre passé et futur.

Alors, prenez le temps de débrancher, de flâner, les sens en éveil, ouvert au monde et porté par une rêverie intérieure bienfaisante.

On parle souvent de tuer l’ennui, mais il ne faudrait pas l’exterminer !